Stage d’observation : faire jouer le réseau des parents

De novembre à mars, les entreprises voient débouler les minois curieux et timides des élèves de 3e  en stage d’observation professionnel. Un tiers des ados le feront dans l’entreprise de leurs parents ou d’un proche. Pour un autre tiers, la convention fait suite à un accord entre des adultes, de connaissances en relations, grâce à la voisine qui… Pour le dernier tiers, c’est un engagement solo et frontal dans l’univers de l’entreprise.

À l’issue du stage, un rapport est présenté sur support vidéo ou diaporama. Un oral de 10 minutes que les collégiens pourront également présenter dans le cadre du diplôme national du brevet. Photo ER /Michael DESPREZ

« On les informe dès la fin de classe de Quatrième : ils doivent réfléchir où ils souhaitent réaliser leur stage d’observation de Troisième en milieu professionnel. Faire des listes, récolter des adresses dans l’annuaire. À la rentrée, on leur donne les documents à remplir, convention de stage, rapport et on les encourage à se présenter physiquement accompagné d’un parent », souligne Sophie Nardin, professeure d’espagnol au collège Colucci de Rougemont-le-Château. Elle est aussi professeure principale d’une classe de Troisième et rend visite personnellement à chacun de ses élèves pendant sa semaine d’immersion sur son lieu de découverte. Ils ne font pas tous ça.

Sortir de la facilité, ce n’est pas facile

« J’ai une élève qui voulait découvrir l’univers de la santé mais avec le secret médical, c’est trop compliqué, elle a trouvé un stage chez Kiabi, à la vente. C’est vraiment dommage mais il y a beaucoup de stages effectués par dépit. Ce n’est pas ce que l’élève ciblait. Il va être accueilli dans l’entreprise de ses parents – les parents restent très protecteurs – ses parents vont lui trouver un stage en activant leur réseau. Ces deux options permettent de résoudre le problème du stage rapidement certes, mais empêche au jeune de s’autonomiser finalement. Ça arrange bien ces derniers aussi. C’est dur de sortir du cocon », ajoute Sophie Nardin.

Unanimement trop court

Au collège Vauban, nous avons rencontré neuf élèves de Troisième et s’il y a une chose sur laquelle ils sont tous d’accord, c’est que la durée du stage est bien trop courte à leur goût ! Cinq d’entre-eux proposeront leur rapport de stage sous forme vidéo ou diaporama pour l’oral de leur brevet national.

Camille et Natthadech ont quant à eux effectué deux stages d’observation, le dispositif « bravo les artisans » leur permettant de découvrir qui la pâtisserie, qui la restauration. Ils n’ont qu’un seul conseil à donner : s’y prendre tôt, pendant les vacances d’été précédent la Troisième. 

Le stage d’observation en milieu professionnel est obligatoire depuis 2005. « À 14 ou 15 ans, c’est difficile de savoir quel adulte on veut devenir. Avec le parcours avenir, l’orientation commence dès la Sixième et finalement, le stage d’observation peut servir aussi d’ouverture quand l’élève a des certitudes. On va l’inciter à aller voir un autre secteur d’activité pour qu’il s’ouvre sur le monde », souligne Paul Delagrange, CPE au collège Vauban. L’établissement encourage ses élèves à effectuer plusieurs stages s’il en exprime la nécessité, propose des journées d’immersion au CFA ou en Bac Pro.

« J’étais en stage au journal »

« Durant ma semaine de stage d’observation de troisième passée au journal L’Est Républicain à Belfort, j’ai pu voir une vraie liberté de travail des journalistes au sein de cette rédaction.

J’ai passé ma semaine avec différents journalistes rédacteurs avec lesquels j’ai effectué des reportages, notamment à la bibliothèque, à l’Hôtel du Département, à la manifestation sur les retraites, au stade Serzian ou encore au lycée Condorcet. Ces différentes expériences m’ont permis d’en apprendre plus sur les compétences nécessaires pour exercer ce métier.

J’ai pu voir et apprendre comment créer un article et comment les journalistes traitent et commentent l’actualité. Ce stage aura permis de confirmer mon envie de devenir journaliste ».

Dans un aérodrome

Maxime

Je voudrais devenir pilote de ligne. Je suis allé voir tous les aérodromes de la région et même l’aéroport de Mulhouse-Bâle. J’ai postulé chez Airbus également mais ils ont répondu par la négative. Finalement, je me suis présenté à l’aérodrome de Courcelles-lès-Montbéliard avec mes parents et nous sommes tombés sur une personne qui connaissait ma famille.

Dans une entreprise d’électricité industrielle

Louis

Je voulais découvrir l’univers de l’industrie et j’ai plutôt fait chou blanc sur le Territoire. Trop jeune. Chez PSA, ils m’ont dit non parce qu’il y avait une journée obligatoire de formation sécurité au travail et que la durée du stage était trop courte. Finalement, grâce à ma mère, on a trouvé une entreprise à Sausheim et elle m’emmenait tous les jours.

Camille

Dans une école élémentaire

Je veux devenir enseignante alors je me suis rendue à l’école élémentaire de Vézelois. J’ai rencontré le directeur qui, à l’issue de l’entretien, a signé la convention de stage tout de suite. Je n’ai pas du tout galéré. Et avec le dispositif « Bravo les artisans », j’ai également fait un stage dans une pâtisserie, c’était très intéressant !

« Envisager son avenir dès la sixième »

Paul Delagrange est conseiller principal d’éducation au collège Vauban à Belfort. Photo ER /Michael DESPREZ

« Au début de l’année, les directeurs d’établissement se concertent et donnent leurs dates de stage d’observation, pour ne pas asphyxier les entreprises avec un trop gros flux d’élèves. Rien que pour nos troisièmes, c’est 180 collégiens qui découvrent le milieu professionnel sur la région, voire souvent plus loin. Il y a des élèves pour qui c’est évident, pour d’autres, c’est plus compliqué de trouver un stage. On les aide avec notre propre réseau d’entreprise que l’on peut actionner au besoin.

Tout est fait pour que les jeunes envisagent leur avenir dès la sixième, ce qui peut sembler tôt mais pas tant que cela finalement. C’est le parcours Avenir et une fiche avec des choix d’orientation qui va suivre l’élève tout au long de sa scolarité. On organise un forum des métiers où les parents viennent présenter leur activité pour les cinquièmes. Le forum eXPédition réunit au gymnase du Phare chaque année les branches professionnelles du Territoire de Belfort et on y envoie nos quatrièmes.

Ce que les élèves (et les parents !) ignorent souvent, c’est qu’on peut faire plusieurs stages d’observation pendant la troisième. Ce n’est pas la généralité mais c’est possible. Petit à petit, on leur demande d’affiner leur choix d’orientation. La grande aventure est de décider s’ils s’orientent vers une voie professionnelle ou une voie générale. Et si les ados n’ont pas compris pendant ces années qu’ils doivent avoir des résultats en face de leurs perspectives et de leurs rêves, ce sera un non-choix. Un élève qui a un projet, une idée de carrière, il faut l’accompagner. Ça peut lui donner le ressort nécessaire pour s’accrocher à l’école parce que ça met du sens dans sa poursuite d’étude ».

Par Véronique OLIVIER – Est Républicain – 24 janvier 2020

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