Des maux face aux mots…

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Tous les profs ont été confrontés aux discussions après les attentats parisiens. Comment ont-ils réagi ? Ils racontent.

Inlassablement, ils ont redit, depuis jeudi 8 janvier, les valeurs de la République, l’importance de la laïcité en France, la liberté d’expression et le respect de l’autre. Avec leurs mots, face à des élèves qui leur opposaient des arguments parfois contradictoires (lire ci-dessous). Certains ont décidé de ne rien dire et de continuer leur cours. Ainsi, Ghani Niame, professeur de maths au lycée Follereau, qui a senti que « ce premier jour après les attentats était tendu. On sentait la fracture entre les élèves. J’ai préféré ne pas allumer de mèche, calmer le jeu ».

Au contraire, Laurent Desplancques, prof d’histoire-géo au collège Vauban, a consacré la journée entière de jeudi et la matinée du vendredi au sujet, « tous les élèves étaient demandeurs. Les élèves musulmans insistaient sur l’offense faite au prophète. Mais tous se sont écoutés, il y a eu des débats et des échanges », notamment sur la liberté d’expression artistique, la caricature, l’information, pour comprendre le symbole que représentait Charlie Hebdo, rappeler les faits le plus justement possible et recueillir le ressenti des élèves face à la violence des images, « en interrogeant leur rapport au virtuel et à la mort ».

Mais Laurent Desplancques anime aussi depuis quelques années un atelier philo au collège, le jeudi après-midi, pour les élèves volontaires à partir de la 5e. Avec la douzaine d’élèves qui fréquentent « les sentiers de la philosophie » en 5e -4e et en 4e -3e , il est revenu sur le sujet. Sur un thème en particulier : « Le sens des mots et l’obligation de nuances ».

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Les élèves qui fréquentent, parfois depuis trois ans, l’atelier, ont déjà une idée de la morale, de la conscience, et du sens que l’on peut donner selon les idées ce que l’on veut transmettre. « Avec eux, nous avons donc pu reparler de Voltaire et de la tolérance religieuse, chercher pourquoi les représentations du prophète sont devenues un problème, travailler sur la République, la laïcité post-chrétienne et la place de l’athéisme. »

Laurent Desplancques ne s’en cache pas : « Les élèves qui viennent penser, durant des heures sup’ au collège, viennent vraiment pour débattre, pas pour chercher la bagarre. »

Le prof joue le rôle du médiateur

À chaque séance, ils proposent un sujet d’actualité durant dix minutes. Ce qui sous-entend qu’ils se sont informés au préalable. « Nous avions déjà traité du terrorisme », remarque ainsi le prof passionné de philo qui joue, dans le groupe, le rôle du médiateur, reformule les questions, réajuste les débats, notamment en fonction des projets transversaux exploités dans tout l’établissement : la liberté, l’année dernière, l’égalité cette année. « C’est un complément merveilleux de l’histoire, de la géographie et de l’instruction civique. Certains élèves finissent par avoir des questionnements incroyables et d’autres ne viennent que pour écouter. »

Mercredi, Laurent Desplancques et ses « élèves penseurs » accueilleront un « philosophe vivant », Michel Onfray, qui vient parrainer leur atelier. Avec le secret espoir, pour le prof, de voir naître à court terme une classe de 3e à profil philosophie. Parmi les questions que les élèves ont prévu de poser, la liberté d’expression reviendra sur le tapis. Ils ne lâchent rien.

Karine FRELIN – Est Républicain

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