Classement des collèges 2017 : les secrets d’établissements qui réussissent

Parle du Collège Vauban

Francisco Goya, Padule, Vauban : ces trois collèges de l’éducation prioritaire ont en commun de très bons résultats au brevet et le fait d’avoir redoré leur blason auprès des familles. Fuis par les élèves de leur secteur, ils ont réussi le pari de redevenir, progressivement, attractifs. Ils nous livrent les secrets de leur réussite.

« État d’esprit », « culture maison »… À en croire les chefs d’établissement, c’est une identité, une philosophie partagée par leurs équipes, qui expliquerait la réussite de leur collège. Quelque chose de difficilement quantifiable ou mesurable mais qui pousse les élèves jusqu’aux portes de la seconde. Et avec succès. « Il ne s’agit pas de donner le DNB (diplôme national du brevet) dans une pochette surprise mais d’armer nos élèves pour qu’ils réussissent au lycée« , insiste Serge Erhart, principal du collège Francisco-Goya à Bordeaux (33).

Faire réussir (tous) les élèves

Son établissement de centre-ville se hisse à la deuxième place de notre classement 2017 des collèges lorsque l’on se concentre sur les résultats des REP, les réseaux de l’éducation prioritaire. Un bon taux de réussite au brevet – une moyenne de 88 % sur trois ans – et le meilleur taux de mention – près de 70 % sur la même période. Ce bon score est à mettre au regard des caractéristiques sociales de l’établissement (38,5 % d’élèves de catégorie socio-professionnelle défavorisée). Car, pour être un bon collège, il ne suffit pas de faire un carton au DNB (voir l’encadré).

« Nous avons un taux de réussite supérieur à celui attendu dans l’académie quelle que soit l’origine sociale des élèves et nous ne pratiquons pas le redoublement », fait valoir Serge Erhart, chiffres à l’appui. En effet, pour rompre avec la « moins bonne réputation » que ses voisins, l’établissement joue la transparence et publie sur son site ses indicateurs de performance. Taux de passage en seconde, de redoublement, d’encadrement… Tout y passe !

Un suivi particulier des élèves 

La clé du succès, selon le principal : la stabilité d’une partie de l’équipe enseignante, la culture de l’établissement et un fort accompagnement de chacun des élèves. Des dispositifs d’aide en petits groupes de deux ou trois élèves sont mis en place en dehors des cours. Les enseignants sont également investis dans un projet de « prévention des ruptures scolaires« . Le principe : un suivi personnalisé des élèves présentant un risque de décrochage. « On travaille sur l’estime de soi. On s’appuie sur leurs réussites pour les amener plus avant.L’idée n’est pas que cela soit vécu comme une sanction. Bien au contraire », détaille Serge Erhart.

Cette « proximité » avec chacun des élèves est aussi à mettre en lien avec la configuration et la taille du collège. « Je n’irai pas jusqu’à dire que l’on est un établissement familial, mais l’élève n’est pas noyé dans la masse. Une relation de confiance s’installe. Attention, nous ne faisons pas copain-copain, il y a parfois des débordements comme partout », relate le principal. L’établissement travaille avec une association qui prend en charge les élèves en cas d’expulsion de un à deux jours.

Un projet rassembleur

« Bienveillance », « confiance »… C’est également par ces mots que Jean-Jacques Fito décrit le climat scolaire du collège Vauban, à Belfort (90), dans l’académie de Besançon. « On sait pourquoi on travaille. Il y a une forte cohésion de l’équipe enseignante et un sentiment d’appartenance très fort chez les élèves », souligne le principal. L’établissement propose un système de pass où les collégiens peuvent disposer des locaux librement sans la présence des adultes pour un projet ou un club. « Nous n’avons pas de dégradation. Zéro dégât, c’est un signe ! », se réjouit-il.

 

Ensemble en avant » : c’est aussi le message d’accueil sur le site de l’établissement. Une sorte de devise pour le collège ? « Nous sommes très attentifs aux élèves et nous travaillons sur le commun, sur ce qui doit nous réunir », expose le principal. Le collège développe depuis quatre ans « un projet fédérateur », « Place de la république ». « Il s’agit d’impulser une réflexion sur les valeurs républicaines, comme la fraternité », détaille Jean-Jacques Fito. La totalité des activités artistiques et culturelles tournent autour de cela. « Je peux vous dire que lors des attentats à Charlie Hebdo, nous avons eu une vraie minute de silence. Les élèves ont compris ce qui se passait », témoigne le principal.

Des options attractives

Victime lui aussi d’une mauvaise réputation, le collège Vauban a du opérer un virage à 180 degrés pour regagner des élèves et des points au DNB. De 2011 à 2016, le taux de réussite au brevet est passé de 69 % à 86 %. Et le collège fait désormais le plein dans son secteur : 200 collégiens en plus en deux ans. « Nous avons appuyé sur toutes les manettes à notre disposition. C’est comme un puzzle : il faut rassembler les pièces », note Jean-Jacques Fito.

Le collège a d’abord soigné son offre de formations : cinq classes de SEGPA (sections d’enseignement général et professionnel adapté), une unité pédagogique pour élèves allophones arrivants, deux groupes bilangues et latinistes par niveau, une section internationale américaine… L’établissement est aussi « labellisé numérique » ce qui permet aux élèves de 6e et de 5e d’être dotés d’une tablette.

Une pédagogie innovante

Le collège Vauban mise aussi sur une pédagogie innovante. Les cours de français sont menés par groupes de compétences inter-classes composés en fonction du niveau des élèves en 6e et en 3e.

Autre établissement à proposer une pédagogie différente : Padule, à Ajaccio. « Nous faisions des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) avant l’heure« , glisse Valérie Lombardo, la principale. Le collège fonctionne avec des « projets fil rouge » tout au long de la scolarité. Exemple avec Happyculture : « Happy » comme la chanson de Pharrell Williams et apiculture comme l’élevage des abeilles. De la 6e à la 4e, les élèves étudient ces insectes de A à Z. « Ils ont fabriqué une ruche en faisant appel à des notions de maths et de SVT, créé un jeu de société… », énumère Valérie Lombardo.

Une équipe stable et motivée

Le collège Les Padule expérimente aussi une classe sans note. « Tous ces projets sont portés par une équipe pédagogique jeune et stable », souligne la principale. « Les enseignants ont connu la période où le collège était l’établissement où il ne fallait pas venir, celui qui cumulait les demandes de dérogation et ils font tout pour ne plus connaître cette situation. » Avec plus de 95 % de réussite au brevet, le collège est aujourd’hui « largement au dessus de la moyenne académique et nationale depuis cinq ans ».

Les enseignants travaillent aussi énormément le lien avec les familles, notamment par l’intermédiaire du site Internet de l’établissement. « Les projets y sont détaillés et les profs tiennent également des blogs. Par cet intermédiaire, les parents peuvent par exemple communiquer avec les élèves en voyage à Rome », détaille Valérie Lombardo.

Ces trois collèges de l’éducation prioritaire insistent sur l’importance de leur site comme vitrine de leur réussite. Il ne faut donc pas hésiter à aller y faire un tour. Le site des collèges est souvent un bon reflet du dynamisme d’un établissement. Vous pourriez aussi y avoir des surprises, comme des énigmes à résoudre sur celui du collège Francisco-Goya

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