Au collège, la Place de la République se construit jour après jour…

 

Pour Jean-Jacques Fito, principal d’un collège à Belfort, le rôle de l’école ne peut pas se limiter à la seule transmission des savoirs. Il témoigne sur ce que peut et doit l’école à ses élèves et à la société. Une parole d’exigence et d’espoir sur une laïcité vécue au quotidien. Tribune.

Les horreurs qui se sont manifestées sur le territoire national depuis 2012, parfois commises par des compatriotes, n’ont pas seulement profondément heurté et affligé nos consciences, elles nous ont rappelé une vérité qui nous semblait relever d’un passé révolu et dont nous nous pensions hors d’atteinte : la barbarie, portée par le fanatisme, peut rejaillir à tout moment parmi nous dès que les conditions de l’histoire le lui permettent.

Il est devenu vital d’engager l’ensemble du peuple français, dans toutes ses composantes, dans la  refondation d’un projet républicain à même de transcender les différences par l’adhésion commune à un nouveau contrat social, partagé et ambitieux, pour ne pas dire « idéalisé », ne laissant personne de côté.

En la matière, l’école a un rôle prépondérant à jouer et, à son sujet, il parait urgent de nous confronter à quelques vérités.

  • Dans cette situation de péril pour le pays, le rôle de l’école et de ses acteurs ne peut pas se limiter à la seule transmission des savoirs, aussi essentielle soit-elle. Elle doit aussi transmettre à ses enfants les principes sur lesquels se fonde le projet républicain car l’unique matrice de la société de demain, c’est l’école.
  • Pour cela, auprès des élèves, l’école doit incarner la République et ses valeurs. Elle ne peut donc se satisfaire de son niveau de performance actuel ni se résoudre à accepter que les déterminismes sociaux influent autant sur la réussite scolaire et l’intégration professionnelle de ses élèves ou étudiants.
  • Si la République est encore à l’état de projet et que, de par sa nature, il en sera toujours ainsi, affirmons-le et impliquons progressivement nos élèves, demain citoyens responsables, dans l’accomplissement de son perpétuel avenir.

C’est selon ce prisme que nous avons décidé de considérer notre travail quotidien auprès de nos 630 élèves, d’origines, de conditions et de cultures si diverses, qu’ils constituent  une forme de condensat de la diversité de la population française.

Quand en 2012, nous avons imaginé le projet « Place de République », de nombreux parents cherchaient à éviter l’établissement. Aujourd’hui, les résultats ont dépassé toutes nos espérances : nous n’arrivons plus à accueillir toutes les demandes d’inscription et les élèves qui franchissent chaque jour le portail d’entrée paraissent portés par tant d’ardeur qu’ils semblent les enfants heureux d’une République épanouie.

Pour cela, quelle heureuse conjonction des planètes a-t-il fallu réunir ? 

La première se nomme coopération : Un but : construire jour après jour la République à l’école et articuler toutes nos politiques à cette fin. Par exemple, en 2013-14,  première année de ce projet, quand nous avons souhaité amener les élèves à s’approprier toute la profondeur de la valeur de Liberté, nous y avons consacré l’ensemble de nos actions pédagogiques, éducatives, artistiques et culturelles de l’année. Jusqu’à la journée de célébration de la Liberté organisée en avril 2014 qui donnât à voir à tous les élèves et à leurs parents le fruit des longs travaux de réflexion, d’études, d’expressions artistiques sous toutes ses formes, réalisés par les élèves et consacrés à ce premier principe de notre devise. La plantation d’un arbre symbole, financée par les parents, apportât la nécessaire dimension symbolique à cette journée de ferveur partagée, de celles qui, par l’émotion qu’elles suscitent en nous, nous imprègnent d’une manière aussi indicible que définitive.

Multiplier et diversifier les approches a donné des résultats spectaculaires en termes de réussite des projets conduits et d’implication enthousiaste des élèves. Forts de ce premier constat d’efficacité et d’adhésion de tous, nous avons reconduit notre démarche avec  les principes suivants de notre devise : l’Egalité en 2014-15 et la Fraternité en 2015-16. Cette année, sous l’égide de leurs professeurs mais également de nos intervenants extérieurs partenaires (artistes, animateurs,… ), les élèves interrogent et s’approprient le principe de Laïcité.

Ce qui fait aussi la force de notre action, c’est l’application la plus large possible d’un principe de coopération entre les professeurs, les autres personnels, les élèves et leurs parents, avec les structures partenaires, les collectivités, nos tutelles, car l’échec scolaire se nourrit surtout des espaces laissés vacants et muets entre tous les acteurs de l’école.

Incidemment, nous avons mesuré à quel point la cohésion dont nous faisons preuve en toutes circonstances nous conférait un pouvoir d’action quasi irrépressible auprès des élèves. Aujourd’hui, plus que jamais, nous sommes unis face aux objectifs, unis quant à la définition des moyens de les atteindre et solidaires dans l’effort à réaliser, chacun prenant toute sa part, selon ses missions et ses talents propres.

La seconde se nomme exigence : rien ne serait vrai en République si la justice venait à lui manquer. C’est pourquoi nourrir notre ambition pour éveiller et porter au plus haut celle des élèves est une exigence de chaque instant, envers soi-même comme envers les élèves et parfois leurs parents. Aussi, toute notre énergie, notre intelligence professionnelle, sont vouées à la réduction de l’échec scolaire et à celle des écarts de performance entre les élèves issus des écoles situées en réseau d’éducation prioritaire et ceux issus des autres écoles du secteur.

C’est œuvrer sans relâche à la transmission du goût de l’effort et de l’amour du travail bien fait, susciter l’expression des élèves, des personnels et favoriser l’éclosion de leurs talents dans leur diversité.

C’est aussi assumer l’autonomie, c’est-à-dire user de toutes les latitudes, de toutes les possibilités, avec détermination et audace quand il s’agit d’innover, de bousculer les habitudes, de résister quand il le faut, de convaincre les tutelles dont le soutien et l’accompagnement nous sont indispensables, de se former ou encore de visiter les marges des textes réglementaires pour tenter, expérimenter, explorer un territoire inconnu prometteur.

C’est enfin garantir les conditions du travail scolaire, le calme, l’écoute attentionnelle en classe, le bien-être général et consacrer autant d’énergie et de temps que nécessaire à la résolution des inévitables, mais de moins en moins fréquents, incidents de vie en collectivité. Là aussi, tout est relié : l’intelligence et le confort des espaces  dévolus aux enseignements et à la vie scolaire, la beauté et la propreté des locaux auxquelles les élèves contribuent par leur respect des lieux mais aussi par la mise en valeur de leurs productions, la vitalité des activités périscolaires souvent animées par les élèves pour les élèves, par exemple. La République, c’est, au quotidien, la recherche de la concorde et de la paix.

La troisième, s’appelle reconnaissance. Valoriser le mérite et les réussites, reconnaître l’engagement de tous et le travail accompli au travers de cérémonies associant les parents et nos nombreux partenaires constituent un rituel plébiscité par les élèves. Ces temps de rassemblement réguliers sont autant de balises qui forment comme une scansion soutenant la vitalité de la vie scolaire. Alors, le temps de ces quelques parenthèses, il est utile de se rappeler le sens de notre action, de contempler ensemble l’horizon toujours lointain de notre projet et de mesurer tout ce qui nous rattache au bien public le plus précieux : la puissance émancipatrice de l’école au service d’une république en laquelle chacun trouve sa place et se reconnait.

Jean-Jacques Fito – Principal du collège Vauban de Belfort

Lire l’article sur le site Solidarité Laique

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